Intelligence artificielle (IA) et management des projets : risque ou opportunité ?

Inquiétude ?

Même si on ne croit pas aux chiffres annoncés par la prestigieuse université d’Oxford, indiquant que 47% des emplois seraient détruits (aux US) en lien avec le déploiement de l’automatisation d’ici 20 ans , il est légitime de s’inquiéter un minimum. Certes, le très sérieux Conseil sur l’Orientation des emplois (COE) rassure. Il anticipe une destruction plus faible, de l’ordre de 10% seulement.

La vérité se situera probablement entre les deux mais l’impact peut être certain.

Dans la hiérarchie des métiers concernés il y a évidemment ceux relevant de tâches ultra spécialisées ou complexes avec un fort niveau d’automatisme et mettant en jeu un grand volume d’information (pour ne pas dire de connaissance).

Ainsi comme le souligne Laurent Alexandre (chirurgien et entrepreneur), les métiers les plus impactés – dans le domaine médical – seront par ordre de décroissance le chirurgien spécialiste, le médecin généraliste et l’infirmière. Finalement les métiers très manuels comme l’auxiliaire de puériculture avec ses pratiques manuelles, sa proximité avec le bébé seront plus largement préservés.

Amusant de constater que les mieux protégés seront ceux qui n’auront pas fait forcement fait les plus longues études.

Et le métier de chef de projet ?

Par essence le management de projet est une affaire complexe et le pilotage de projet une activité périodique donc répétitive. Elle entre donc dans la cible de l’IA.

En définitive, elle y est déjà mais de manière non invasive, au travers des logiciels de gestion de projet.
– Le logiciel de planification qui informe de la compatibilité d’un plan avec ses objectifs contractuels (calendaires ou financiers)
– Le logiciel d’estimation paramétrique des coûts qui indique la meilleure configuration du projet optimisant les coûts
– Le logiciel collaboratif de gestion des actions qui signale l’état des travaux, relance des preneurs d’actions
– Le logiciel d’analyse quantitative des risques qui informe sur les chances de succès du projet et fournit des indicateurs de sensibilité.

Restons constructif – Face Everything And Rise (Papa Roach)

Les algorithmes ne sont en fin de compte que la transcription des processus en jeu dans le pilotage de projets (ou des portefeuilles de projets). Ces processus sont largement partagés au sein de la communauté des chefs de projet (PMBoK du PMI).

L’automatisation des tâches récurrentes devrait libérer l’homme des activités à faible valeur ajoutée (saisie et ressaisie des informations, construction des indicateurs, mise en exergue des points sensibles, analyse de la situation, génération des rapports d’avancement, …) et supprimer toute erreur liée à la production, la lecture et l’interprétation.

Les informations affichées seront des plus actuelles pour plus de pertinence dans la prise de décision.

Les CoBots (Collaborative Robots) sont un bon exemple d’une situation gagnant-gagnant qui, introduit dans les secteurs industriels, facilitent les opérations pénibles (manipulation de charges lourdes par exemple), maintien de l’emploi sur les sites (par la baisse du cout de main d’œuvre et l’augmentation de la production).

Restons lucide – L’esprit critique nous devons garder (Yoda)

l’IA est un système tellement complexe, aux performances tellement étonnantes que le chef de projet face à la pression de l’urgence sera certainement sujet au syndrome de la boite noire : croire aveuglement et puis … tant pis ou bien rejeter ou transférer totalement sa responsabilité. Finalement qui est le pilote ?

La loyauté des algorithmes est un élément clé de la réussite de cette mutation.

Des règles de comportement doivent être édictées, les codes apprenants doivent les intégrer au même titre que Isaac Asimov avait inventés celles (1) de la robotique.

Comme toute démarche de progrès il existe des risques. Ceux-ci sont de taille : Perte de contrôle, perte du pouvoir de décider, bref perte de la raison même de la fonction de chef de projet.

Conclusion

Les plus grands éditeurs de logiciels sont bien dans la course à l’IA et il faudra s’y adapter.

Prendre le meilleur des solutions, considérer l’IA comme un support additionnel (finalement le PMO est aussi une fonction support) et garder la main sur les décisions qui seront empreintes tout à la fois de logiques (pure et dure) et d’affectifs.

Il est donc plus que nécessaire de développer nos « Soft skills » pour ne pas ressembler à une (minable) machine.

C’est bien encore les hommes qui conduisent les projets.

En savoir plus …

(1) les trois lois de la robotique

  • un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ;
  • un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;
  • un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

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